Grâce aux groupes d'entraide fondés par IKEA et le PDNU, les femmes indiennes accèdent à l'éducation, au travail et à un avenir meilleur, des changements bénéfiques et durables.

Les termes "self help" en anglais évoquent peut-être pour vous les célèbres guides de développement personnel où l’on vous apprend "comment perdre du poids" ou " comment sauver son couple". Mais pour Sheila, 35 ans, maman de 3 enfants, et pour des dizaines de milliers de femmes comme elle en Inde, "self-help" signifie "auto-assistance". Les Self Help Groups ou groupes d’auto-assistance (GAA) locaux sont devenus à la fois centres de formation et piliers d’action. Ici, les femmes font leurs premiers pas pour quitter la pauvreté et aller vers la prospérité. "Maintenant, je sais que j’ai des options et que ma fille pourra faire des choix", dit Sheila.

L’Inde est un pays de contrastes. Dans ses métropoles, quartiers d’affaires, centre médicaux et technologies du nouveau millénaire fleurissent, à des années lumière de la réalité dans le reste du pays. En Uttar Pradesh, l’état le plus peuplé (199, 6 millions d’habitants), plus de 59 millions de personnes, dont Sheila et sa famille, vivent en dessous du seuil de pauvreté. Dans les zones rurales, où le système des castes et les coutumes ancestrales demeurent, les difficultés économiques et sociales aggravent la situation des femmes et des filles.

Premiers pas vers le changement


Quand elle était petite, Sheila mangeait les restes alors que ses frères avaient droit à trois repas par jour. Les garçons allaient à là l’école tandis qu’elle restait à la maison. On l’a mariée à 15 ans, avec une dot conséquente versée à sa belle-famille (bien qu’interdites, les dots sont monnaie courante). Elle accepte son sort, semblable à celui de toutes les jeunes filles autour d’elle, jusqu’à ce qu’elle rejoigne le groupe d’entraide local.

Ce premier pas lui ouvre des portes mais aussi l’esprit. Les groupes d’entraide soutiennent les femmes dans plusieurs domaines : alphabétisation, développement personnel, éducation financière et bancaire, droits légaux, travail en réseaux et politique. Sheila a beaucoup appris sur la nutrition et l’éducation. « Désormais je sais que je dois veiller à ce que ma fille soit bien nourrie et qu’elle aille à l’école. »

Les groupes d’entraide aident les femmes de tous âges. A 60 ans, Bhabna a appris qu’elle avait des droits et qu’elle pouvait bénéficier des programmes gouvernementaux. « Je ne savais pas que l’accès à l’information est un droit, ni que le gouvernement garantit 100 jours de travail. Désormais nous avons toutes une carte de travail et du travail. »

De cause à effet


Les groupes d’entraide sont nés il y a plus de dix ans de la volonté de traiter les causes profondes du travail des enfants par le biais d’un partenariat entre IKEA et UNICEF. Au départ, 22 000 femmes de 500 villages en Uttar Pradesh ont été aidées. Les groupes d’entraide ont ensuite évolué en projet pilote en partenariat avec le PDNU (Programme de Développement des Nations Unies) afin de toucher 50 000 femmes dans ces mêmes villages. La Fondation IKEA a renouvelé son engagement dans ce projet pour aider 2,2 millions de femmes dans 16 000 villages d’Inde à s’émanciper d’ici 2015.

Les groupes d’entraide permettent aux femmes d’apprendre, de gagner leur vie et de faire entendre leur voix. Deux tiers de la population indienne n’ont pas accès aux banques : les groupes d’entraide encouragent les femmes à créer un fonds commun pour pouvoir accorder des prêts aux femmes du groupe en cas d’urgence ou pour démarrer une activité. La confiance qu’une femme gagne en communiquant avec les autres peut l’encourager à emprunter de l’argent pour acheter une vache. En vendant le lait, elle rembourse sa dette et apprend le fonctionnement de l’industrie laitière : de nouveaux horizons s’ouvrent à elle.

Meera, jeune entrepreneuse dans l’industrie laitière et élue Secrétaire Générale d’une fédération de 154 groupes, s’émerveille de sa nouvelle vie. « Avant, je ne quittais jamais mon village. Maintenant, je vais à la banque ou dans d’autres villages et je m’apprête à accepter des responsabilités au sein du comité ».

La fédération sert notamment de socle pour une entreprise autogérée qui cherche à étendre l’emploi dans l’industrie à plus de 12 000 femmes et à supprimer les intermédiaires afin qu’elles puissent faire un bénéfice correct. Permettre aux gemmes de gagner leur vie réduit le travail des enfants car si la mère a un revenu régulier, les enfants peuvent aller à l’école au lieu de travailler pour aider à nourrir la famille. L’émancipation des femmes a une effet boule de neige positif et apporte des améliorations à chaque génération.

Pourquoi viser les fammes? Chaque avancée pour les femmes se répercute sur les familles et les communautés, un phénomène que les chercheurs appellent « l’effet multiplicateur ». Les études montrent que les femmes éduquées se marient plus tard et ont moins d’enfants. Leurs enfants sont en meilleure santé, mieux éduqués et capables de subvenir aux besoins de leurs familles. Le cycle de pauvreté est ainsi rompu.

Effet multiplicateur


Au fur et à mesure que les femmes sont éduquées et deviennent financièrement autonomes, que leur action et leurs responsabilités envers la communauté s’accroissent, elles ont un effet positif sur l’ensemble de la société. Il est prouvé que les femmes qui occupent des postes publics décisionnaires se concentrent sur les services qui répondent aux besoins fondamentaux des familles.

Ceci explique pourquoi les campagnes d’éveil politique des groupes d’entraide ont touché 200 000 personnes avant les dernières élections. 20 000 femmes ont participé aux formations sur l’engagement politique. Parmi elles, Rajkali, 45 ans : « Je me battrai de toutes mes forces pour améliorer les conditions de vie dans ce village. » Il y a un an, cette mère de six enfants n’aurait jamais imaginé qu’une femme puisse être éluée, mais la formation sur les élections, proposée par son groupe d’entraide, l’a incitée à se présenter. Idem pour Sunita, mère de trois enfants, qui n’est jamais allée à l’école. A sa grande surprise, elle s’est fait élire pour représenter un groupe de villages : « Je n’aurais jamais cru avoir l’argent ou la force de me présenter à des élections, mais mon groupe m’a fait confiance et nous nous sommes assurées que certaines questions soient prioritaires ».

Les campagnes électorales de Rajkali et Sunita abordaient en priorité les besoins élémentaires du village, des sujets dont elles discutent dans leur groupe d’entraide : droits de l’enfant, amélioration du logement, meilleur accès à l’eau, installations sanitaires, opportunités de revenues pour les femmes et de meilleures écoles.

Apprendre à faire campagne en sortant dans les rues pour rencontrer et saluer les électeurs a été crucial pour Israij, qui représente le village de Sapahi à Jaunpur. « Grâce à ces rencontres, j’ai pu partager mes connaissances et expliquer mes plans d’action, ce qui n’aurait pas été possible autrement. »

Le regard tourné vers l'avenir


Les chiffres témoignent de l’évolution. En 2005, seules cinq femmes de la région du projet se sont présentées aux élections. Aucune n’a gagné. En 2010, 700 femmes se sont présentées et 278 ont été élues pour représenter leurs communautés durant cinq ans.

Chaque succès remporté cristallise le travail qui reste à accomplir, pour les femmes et les filles, mais aussi pour aider les hommes à comprendre. « J’ai dû me battre pour sensibiliser mon mari et les hommes de ma famille », admet Rajkali. Mais aujourd’hui son mari la soutient.

Les femmes qui ne participent pas aux élections en tirent également profit. Comme le déclare Shelia, laissant entrevoir l’éveil de sa conscience politique : « Les femmes aussi ont leur mot à dire dans la vie du village. » 282 Comités de Vigilance des Femmes ont veillé au bon déroulement des votes et une campagne de recensement a encouragé les communautés marginalisées à participer. Les premiers chiffres provenant de quelques villages ont montré une augmentation de 100% des inscriptions sur les listes électorales. Le village de Sheila en faisait partie.

Découvrez l’action de la Fondation IKEA et du PDUN sur :